Poussières combustibles dans l’industrie : quels secteurs génèrent des zones ATEX et comment les gérer ?

juin 2026

Lorsqu’on évoque les atmosphères explosives dans l’industrie, l’image qui vient immédiatement à l’esprit est souvent celle des gaz inflammables ou des vapeurs de solvants. Il existe cependant un risque tout aussi grave et beaucoup moins visible : les poussières combustibles en suspension. Un nuage de farine, de sucre en poudre ou d’un excipient pharmaceutique peut, dans certaines conditions, provoquer une explosion aux conséquences dévastatrices.

Cet article présente les principaux secteurs industriels dans lesquels les poussières combustibles génèrent des zones classées ATEX, explique les paramètres techniques qui déterminent le niveau de risque et détaille les obligations imposées par la réglementation en vigueur — notamment la norme EN 17348:2022 — aux exploitants et aux entreprises prestataires intervenant dans ces installations.

Pourquoi la poussière est-elle aussi dangereuse qu’un gaz ?

Une particule de poussière solide ne brûle pas spontanément. Le danger apparaît lorsqu’elle est dispersée dans l’air à une concentration suffisante : dans cet état, la surface de contact avec l’oxygène augmente de manière exponentielle et le mélange peut s’enflammer avec une énergie d’inflammation très faible — parfois aussi faible qu’une simple décharge électrostatique ou que le frottement d’un outil métallique.

  • KSt (bar·m/s) : indice d’explosivité. Il mesure la vitesse d’augmentation de la pression lors d’une explosion de poussières. Plus la valeur de KSt est élevée, plus la déflagration est violente.

Les principaux paramètres techniques qui déterminent le niveau de risque d’une poussière combustible sont les suivants :

  • Pmax (bar) : pression maximale atteinte lors de l’explosion. Elle représente la surpression maximale générée par la combustion rapide du nuage de poussières dans des conditions d’essai normalisées.
  • MIE (mJ) : énergie minimale d’inflammation. Elle correspond à la plus faible quantité d’énergie capable d’enflammer un nuage de poussières dans des conditions déterminées. Plus la valeur de MIE est faible, plus la poussière est sensible aux sources d’inflammation de faible énergie.
  • MEC (g/m³) : concentration minimale explosive. Elle correspond à la concentration la plus faible de poussières en suspension dans l’air capable de propager une explosion. En dessous de ce seuil, le risque d’explosion n’existe pas ; au-dessus, une inflammation peut se produire en présence d’une source d’ignition appropriée.
  • MIT (°C) : température minimale d’inflammation d’un nuage de poussières. Elle correspond à la température la plus basse d’une surface chaude capable d’enflammer un nuage de poussières dans des conditions d’essai définies. Plus cette température est faible, plus le risque d’inflammation par contact avec des équipements chauds est élevé.

La réglementation ATEX classe les poussières en trois catégories selon leur indice d’explosivité KSt : St 1 (KSt ≤ 200 bar·m/s), St 2 (KSt compris entre 200 et 300 bar·m/s) et St 3 (KSt > 300 bar·m/s). La majorité des poussières industrielles couramment utilisées appartiennent aux catégories St 1 ou St 2. Toutefois, cette classification ne signifie pas qu’elles sont sans danger : elles nécessitent toujours une évaluation du risque, une classification des zones ATEX ainsi que la mise en œuvre de mesures de prévention et de protection adaptées.

Industrie agroalimentaire : le secteur présentant la plus grande étendue de zones à risque

L’industrie agroalimentaire est probablement le secteur qui compte le plus grand nombre d’installations générant des zones ATEX liées aux poussières combustibles. Cette situation s’explique par l’utilisation quotidienne de matières premières sous forme de poudres ou de granulés fins présentant un potentiel explosif élevé.

Farine et dérivés céréaliers.

La farine de blé présente généralement un KSt compris entre 50 et 100 bar·m/s et une MIE inférieure à 100 mJ. Dans une minoterie ou une usine de boulangerie industrielle, les silos de stockage, les systèmes de transport pneumatique, les mélangeurs ainsi que les filtres à manches constituent des zones 20 ou 21 permanentes. Les opérations de nettoyage de ces équipements nécessitent l’utilisation d’aspirateurs certifiés ATEX adaptés aux poussières combustibles.

Sucre

Le sucre en poudre est l’une des poussières industrielles les plus explosives en termes de KSt, avec des valeurs pouvant dépasser 150 bar·m/s. Sa température minimale d’inflammation du nuage est relativement faible (environ 350 °C), ce qui le rend particulièrement sensible aux échauffements dus au frottement. Les raffineries de sucre, les usines de confiserie et les installations de conditionnement de sucre glace cohabitent quotidiennement avec des zones 20 à l’intérieur de leurs équipements de procédé.

Cacao et chocolat

Le cacao en poudre présente généralement des valeurs de KSt comprises entre 75 et 150 bar·m/s. Les installations de transformation du cacao et les usines de fabrication de chocolat comportent de vastes zones 21 dans les secteurs de broyage, de tamisage et de conditionnement. Par ailleurs, les matières grasses contenues dans le cacao peuvent former des dépôts sur les surfaces ; une fois séchés, ces résidus peuvent se transformer en poussières fines hautement combustibles.

Amidons et fécules

L’amidon de maïs peut atteindre des valeurs de KSt supérieures à 200 bar·m/s, ce qui le place dans la catégorie St 2, avec une MIE très faible. Il constitue d’ailleurs l’une des poussières de référence utilisées lors des essais de caractérisation de l’explosivité. Les amidonneries, les fabricants d’adhésifs à base d’amidon ainsi que l’industrie papetière utilisant l’amidon dans ses procédés sont pleinement concernés par ce risque et par les exigences associées en matière de prévention des explosions et de classification ATEX.

Lait en poudre et lactosérum

Les poudres laitières (lait écrémé en poudre, lactosérum en poudre, protéines de lactosérum (whey)) présentent des valeurs de KSt généralement comprises dans les catégories St 1 à St 2, ainsi qu’une MIE faible, un risque encore accru par leur teneur en matières grasses. Les tours de séchage par atomisation (spray drying) constituent, dans leur volume intérieur, des zones 20 permanentes. Historiquement, les accidents survenus dans les installations de séchage du lait figurent parmi les causes les plus fréquentes d’explosions de poussières dans l’industrie agroalimentaire européenne.

Épices et arômes

Certaines épices moulues — telles que le poivre, le paprika ou la cannelle — présentent des caractéristiques d’explosivité significatives. Leur granulométrie fine, leur faible MIE et leur forte inflammabilité font que les installations de broyage, de mélange et de conditionnement des épices sont soumises à l’obligation de classification des zones ATEX et à la mise en œuvre de mesures de prévention adaptées.

Industrie pharmaceutique : exigences maximales dans les environnements contrôlés

L’industrie pharmaceutique manipule des poudres à granulométrie extrêmement fine — dont beaucoup sont micronisées — dans des environnements où les exigences ATEX se combinent à celles des BPF/GMP (Bonnes Pratiques de Fabrication). Cette double contrainte rend la gestion des zones classées particulièrement complexe, car il est nécessaire de garantir simultanément la prévention des risques d’explosion, la protection des opérateurs, l’intégrité des procédés et l’absence de contamination des produits.

Principes actifs pharmaceutiques (API)

De nombreux principes actifs pharmaceutiques (API) à l’état pulvérulent sont combustibles. Leur granulométrie typique — avec un D50 inférieur à 10 µm pour les produits micronisés — en fait des poussières présentant des MIE extrêmement faibles, parfois inférieures à 1 mJ. Cela signifie qu’une simple décharge électrostatique, même de faible intensité, peut suffire à provoquer leur inflammation. Les postes de pesée, les lignes de mélange et les équipements de remplissage de gélules constituent ainsi des zones 21 couramment rencontrées dans les installations pharmaceutiques.

Excipients pulvérulents

Lactose, cellulose microcristalline (MCC), polyvinylpyrrolidone (PVP), mannitol, amidon de maïs pharmaceutique… La plupart des excipients solides les plus couramment utilisés dans les formulations pharmaceutiques sont combustibles à l’état pulvérulent. Le lactose, par exemple, peut présenter un KSt compris entre 80 et 120 bar·m/s ainsi qu’une MIE inférieure à 100 mJ. Malgré leur statut d’excipients, ces substances peuvent donc générer des atmosphères explosibles lors des opérations de manipulation, de mélange, de transfert ou de conditionnement, ce qui justifie la mise en place de mesures de prévention adaptées et, dans de nombreux cas, une classification ATEX des zones concernées.

Pigments et colorants pour l’enrobage

Les procédés d’enrobage des comprimés utilisent des pigments sous forme de poudre — tels que le dioxyde de titane, les oxydes de fer ou les laques aluminiques — qui peuvent, dans certaines conditions, générer des atmosphères explosibles. Les zones de préparation des suspensions d’enrobage, où ces poudres sont pesées, dosées et mélangées, peuvent ainsi nécessiter une classification ATEX en fonction des quantités manipulées, des caractéristiques des produits et du niveau de dispersion des poussières.

Risque supplémentaire : interaction avec les solvants

Dans les procédés combinant des poudres et des solvants organiques — tels que la granulation humide ou l’enrobage à l’aide de solutions alcooliques — il existe un risque simultané d’atmosphère explosive dû aux gaz ou vapeurs inflammables (zones 1 et 2) et aux poussières combustibles (zones 20, 21 et 22). La classification de ces zones ainsi que le choix des équipements destinés à y fonctionner doivent impérativement tenir compte de cette double problématique, afin de garantir la conformité aux exigences ATEX applicables aux deux types d’atmosphères explosives.

Autres secteurs exposés au risque lié aux poussières combustibles

Aliments composés et nutrition animale

Les usines de fabrication d’aliments composés pour animaux manipulent quotidiennement des matières premières telles que la poudre de soja, la farine de poisson, les additifs vitaminiques et les céréales broyées, qui génèrent de vastes zones 21 au niveau des systèmes de transport, de mélange et de conditionnement. Bien que souvent négligé dans la littérature consacrée aux risques ATEX, ce secteur présente une sinistralité réelle et significative liée aux explosions de poussières, en raison des volumes importants de produits pulvérulents manipulés et de la multiplicité des opérations de transfert et de transformation.

Industrie du bois et biomasse

Les poussières de bois présentent généralement des valeurs de KSt comprises entre 80 et 120 bar·m/s. Les usines de fabrication de MDF, de panneaux de particules, les chantiers navals ainsi que les installations de production de granulés de biomasse doivent se conformer à la réglementation ATEX, en particulier pour leurs systèmes d’aspiration et de dépoussiérage des poussières de bois. Ces équipements constituent des points critiques où la présence de poussières combustibles en suspension peut conduire à la formation de zones classées nécessitant des mesures de prévention et de protection adaptées.

Métallurgie des poudres et industries métalliques

L’aluminium, le magnésium, le titane et d’autres métaux sous forme de poudres fines figurent parmi les substances les plus dangereuses en matière d’explosion de poussières. Certains présentent des valeurs de KSt supérieures à 300 bar·m/s, les classant dans la catégorie St 3, ainsi que des MIE extrêmement faibles. Les installations de métallurgie des poudres, les fonderies réalisant des opérations de ponçage et de polissage, ainsi que les sites de fabrication additive métallique (impression 3D métal) exploitent fréquemment des équipements dont l’intérieur est classé en zone 20 en raison de la présence permanente ou prolongée de poussières métalliques combustibles. Compte tenu de la violence potentielle de ces explosions, ces procédés nécessitent des mesures de prévention et de protection particulièrement rigoureuses.

Qu’impose la réglementation : la norme EN 17348:2022 et son impact sur l’aspiration

La norme européenne EN 17348:2022, entrée en vigueur en mars 2023, définit les exigences techniques auxquelles doivent répondre les systèmes d’aspiration industrielle utilisés dans des atmosphères explosives contenant des poussières combustibles. Son entrée en application marque un véritable changement de paradigme : il ne suffit plus qu’un aspirateur porte un simple marquage ATEX pour être considéré comme adapté à ces environnements.

Les exigences que la norme impose au système complet comprennent notamment :

  • Filtration assurant une rétention efficace des particules fines (y compris la fraction submicronique des poussières pharmaceutiques).
  • Contrôle de l’électricité statique et mise à la terre documentée de tous les composants conducteurs.
  • Matériaux de construction ne générant pas d’étincelles.
  • Protection contre l’accumulation dangereuse de poussières dans les composants internes.
  • Conception du système adaptée au type spécifique de poussière : KSt, Pmax, MIE, MEC.
  • Validation du système complet par du personnel qualifié.
  • Documentation technique conforme : manuels, certificats et registres de maintenance.

Le non-respect de la norme EN 17348:2022 peut entraîner une perte de couverture d’assurance, engager la responsabilité civile ou pénale en cas d’accident, ainsi que donner lieu à des sanctions de l’Inspection du travail ou des autorités industrielles compétentes.

Comment Lagupres intervient dans les installations présentant un risque lié aux poussières combustibles

Chez Lagupres, nous intervenons depuis plus de 25 ans dans des environnements industriels présentant des atmosphères explosives. Notre expertise technique couvre l’ensemble du processus, depuis l’évaluation des risques jusqu’à l’exécution des prestations, notamment :

  • Analyse du type de poussière et détermination de ses paramètres d’explosivité.
  • Classification des zones ATEX au sein de l’installation (zones 20, 21 et 22).
  • Conception du système d’aspiration conformément à la norme EN 17348:2022, adaptée aux caractéristiques spécifiques de la poussière concernée.
  • Exécution des prestations à l’aide d’équipements certifiés et par du personnel qualifié pour intervenir en atmosphères explosives.
  • Élaboration du Document relatif à la Protection contre les Explosions (DRPE) ou collaboration avec l’équipe technique du client pour sa préparation et sa mise à jour.
  • Formation des opérateurs et des techniciens de maintenance à l’utilisation sécurisée des systèmes.
  • Maintenance préventive et corrective avec traçabilité documentaire complète.

Si votre installation manipule l’une des poussières décrites dans cet article et que vous avez des interrogations concernant la classification de vos zones ATEX ou la conformité de votre système d’aspiration, n’hésitez pas à nous contacter. Nous étudierons votre situation sans aucun engagement de votre part.

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